L’entrée du bâtiment D était monumentale. Elle comportait une porte faite d’épais barreaux en acier. Au grand soulagement des membres du groupe, le portail était intact. Ou du moins, il le paraissait…
Hébert fondit sur lui afin de s’en assurer. Toutefois, les autres hésitèrent : ils scrutaient avec méfiance le bout de corridor derrière les barreaux qui était étrangement plongé dans les ténèbres…
Alexandre Wolf Hébert ne tenait pas à perdre un instant. « Ce n’est que le calme avant la tempête », songea-t-il tout en jetant un coup d’œil au sombre couloir. Le prisonnier déposa le matériel explosif que le directeur de la prison lui avait confié quelques minutes auparavant puis, il observa l’architecture du bâtiment. Son intention était de placer des charges le plus haut possible de façon à faire s’écrouler toute la structure qui soutenait le portail. Il se hissa au dessus de l’entrée du bâtiment D avec une agilité surprenante pour un homme d’une quarantaine d’années.
— Quand la bombe explosera, commenta-t-il tout en s’attelant au travail, pas même un souris ne pourra sortir de là…
— Tant mieux, murmura Maistre.
Le visage inquiet du directeur de prison trahissait son malaise à se trouver au cœur de l’action. Sans doute préférait-il la tranquillité de son bureau.
— Quoiqu’il en soit, ajouta-t-il, j’ai ordonné qu’un détachement de mes hommes vienne sécuriser le périmètre. Ils ne devraient plus tarder, d’ailleurs…
— Très bien, approuva le prisonnier.
— Surtout Hébert, faites-vite, ordonna Antraigues.
— Ne me donnez pas d’ordre, l’agent secret, répondit Hébert.
« Je me demande à quel moment nous nous battrons car nous y viendrons forcément », songea Hébert tout en imaginant l’air courroucé d’Antraigues.
— Du calme, fit le directeur Maistre qui essayait de conserver son autorité de chef pénitentiaire.
— Rassurez-vous, je suis parfaitement calme. Sans quoi…
— Oui ? lança aussitôt Antraigues sur un ton menaçant.
— S’il vous plaît, intervint le docteur Lugosi. Nous avons une tâche à effectuer, messieurs !
— En effet : réparer vos erreurs…, répondit Hébert sarcastique.
— Mes… erreurs ? bredouilla Lugosi. Pas du tout, pas du tout !
— Ah bon ?
— Vous ne savez pas ce que vous dites ! ajouta le docteur sur un ton mal assuré.
— Vraiment, docteur Dracula ?
Les joues du vieux scientifique s’empourprèrent.
— Cessez de m’appeler comme ça ! hurla le docteur.
— C’est qu’il me mordrait, s’il le pouvait...
— Ça suffit Hébert, avertit Maistre.
Le prisonnier ricana.
— J’ai besoin d’aide, dit-il enfin pour changer de sujet. Antraigues ?
— S’il le faut vraiment, souffla celui-ci. Mais laissez-moi vous dire que…
— Antraigues…, coupa Wolf Hébert.
— C’est bon, j’arrive.
— Antraigues, s’il vous plaît…
— Oui ! Je suis là.
— Vous avez une arme, je crois ?
— Et alors, Hébert ?
— On va peut-être en avoir besoin…
Antraigues, Maistre et Lugosi se précipitèrent vers le portail. Hébert, perché la tête en bas comme une chauve-souris, leur désignait du doigt le couloir. Là, à plusieurs mètres, quelque chose ou quelqu’un s’avançait lentement dans la pénombre.
Et chacun comprit que c’était la mort qui s’approchait du petit groupe…
— Bon Dieu, qu’est-ce que c’est que ça ?! vociféra Antraigues tout en dégainant son arme.
— Je crois que c’est évident, répondit Lugosi visiblement fasciné par ce qu’il voyait.
— C’est la science du docteur Dracula dans toute sa splendeur, commenta Wolf Hébert toujours en haut de son perchoir.
A deux mètres derrière les barreaux de l’entrée, la créature apparut enfin à la lumière. Et à cet instant, chacun put mettre un visage à l’horreur qui menaçait de se répandre dans toute la prison. L’être qui leur faisait face avait été autrefois un prisonnier. Mais les lambeaux de peau sanguinolents qui tombaient de sa gorge en bouillie, son visage blafard et ses yeux révulsés ne laissaient aucun doute sur sa nouvelle condition.
— J’ai bien envie de lui tirer dessus, expliqua Antraigues. Rien que pour voir ce que ça donne…
— Si j’étais vous, j’éviterais de gaspiller des munitions, conseilla judicieusement Hébert. Attendons plutôt les renforts pour jouer à ça…
Il redescendit aussitôt aux côtés de ses compagnons.
— Voilà, dit-il laconiquement.
— Vous avez réussit à tout installer ? interrogea Maistre sur un ton soulagé.
— Oui… Mais…
— Mais quoi ?
Le prisonnier se racla la gorge.
— Le détonateur, dit-il.
— Quoi, le détonateur ?! insista Maistre qui cédait aisément à la panique.
— Il est tombé de l’autre côté de la porte…
« Quoi ?!! », hurlèrent en chœur les trois autres.
Wolf Hébert fit une grimace.
— Ce sont des choses qui arrivent, non ? s’excusa-t-il.
— Hébert ! protesta le directeur.
— Pourquoi a-t-on confié ce travail à un tel… incapable ?! renchérit le docteur Lugosi.
— Il faudrait que l’un d’entre nous aille chercher le détonateur… Qui se dévoue ? demanda Hébert tout en devinant la réponse.
— Vous, bien entendu, proposa aussitôt Antraigues visiblement trop heureux de mettre en danger le célèbre prisonnier.
Hébert fit « non » de la tête et dit :
— On dirait que personne n’aura besoin d’y aller, après tout…
Les autres suivirent le regard du prisonnier : le mort-vivant était à présent juste devant la porte. Sa bouche, grande ouverte, laissait s’échapper un filet de bave rouge sang. Il tenait en main un petit boîtier métallique qu’il regardait avec un air manifeste de stupidité…
Le directeur réprima un frisson et murmura :
— Ne me dîtes pas que c’est…
— Je ne le dis pas, fit Wolf Hébert qui ne manquait jamais d’humour, même aux instants les plus cruciaux.
— Je crois que le plus prudent serait de reculer tout doucement, conseilla Lugosi qui joignit les gestes à la parole. Il ne faut surtout pas l’énerver.
Tout à coup, Antraigues pouffa.
— Mais regardez-le ! dit-il avec mépris. C’est un zombie mais c’est aussi un parfait imbécile. Il ne sait même pas à quoi sert ce machin !
Et il ricana.
Comme pour confirmer les moqueries d’Antraigues, le mort-vivant se mit à renifler le morceau de métal comme s’il se méfiait de quelque piège.
Hébert observait la scène avec suspicion. Tout à coup, il entendit des semelles claquer au loin : les hommes réquisitionnés par Maistre investissaient enfin les lieux…
— Ma parole ! On dirait que vous êtes dans le vrai, Antraigues, articula le directeur de la prison qui avait les yeux rivés sur le détonateur.
— Mais oui ! insista Antraigues. Ce monstre est incapable d’appuyer sur le bouton !
Aussitôt, le zombie donna un féroce coup de poing sur le boîtier…
Stéphane Paul Prat
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