vendredi 29 juillet 2011

Lecture insolite: "De l'abus des nudités de gorge" par l'abbé Boileau

Bon alors, soyez attentifs parce que faire un compte rendu de ce petit ouvrage de mon nouvel ami l’abbé Boileau ne se révèle pas être un exercice aussi aisé que de chroniquer son Histoire des Flagellants, pourtant beaucoup plus dense. La difficulté vient surtout de la différence entre notre époque et la sienne ; entre ses valeurs -sans doutes plus intransigeantes- et les nôtres. En d’autres termes, le problème pour moi est de vous présenter son livre sans faire passer le brave abbé pour ce que nous appellerions de nos jours un intégriste ! Et vous vous rendrez compte après m’avoir lu que la tâche n’était pas aisée…

Jacques Boileau est passé à la postérité pour être un spécialiste des ouvrages curieux. Or, un titre aussi particulier que « De l’abus des nudités de gorge » –si vous me permettez le jeu de mot- attire l’œil. Mais comment ce respectable docteur en Théologie à la Sorbonne avait-il eu l’idée de rédiger ce petit livre ? C’est l’imprimeur de l’édition en ma possession qui nous éclaire sur les motivations de Jacques Boileau : nous apprenons en effet que c’est en traversant la Flandre que l’auteur fut « fort scandalisé » par la nudité de certaines femmes qui présentaient leur gorge et leurs épaules nus alors même qu’elles se trouvaient dans une église.

Ainsi, sur une centaine pages, l’abbé Boileau (anonymement) se livre à un réquisitoire contre ce qui est déjà devenu à ce moment une coutume qui va, comme il le démontrera, à l’encontre de la religion. Or, « comme le chrétien, écrit Boileau, ne doit être animé que de l’esprit de Jésus-Christ, et que le monde suit toujours l’esprit du Démon, il est évident que les chrétiens doivent fuir ce que le monde recherche, blâmer ce qu’il autorise, et avoir de l’aversion pour ce qu’il aime ». Bienheureux, me direz-vous, que notre abbé ne connaisse point notre époque !

Boileau avec le talent qu’on lui connaît maintenant, a voulu rédiger son ouvrage le plus clairement, le plus simplement possible. Il s’agit presque d’un pamphlet, c’est un écrit qui est destiné au grand public, pas un ouvrage d’érudition comme le peut apparaître celui sur les flagellants.

C’est guidé par cet esprit de clarté que Jacques Boileau a décidé de construire son livre de la manière la plus simple qu’il soit : deux parties ; l’une visant à démontrer que « les nudités de la gorge et des épaules sont blâmables et nuisibles » et l’autre cherchant à réfuter « les vaines excuses des femmes qui ont la gorge et les épaules nues ».

Quant aux arguments, de par la nature du sujet et le public visé, ils sont bien entendu essentiellement religieux. On retrouve dans cet écrit toute la culture de l’abbé Boileau qu’il exploite dans le seul dessein de rappeler aux femmes égarées dans une attitude contraire au christianisme, qu’en persistant dans cette erreur, non seulement elles se mettent en danger mais aussi qu’elles mettent en danger les hommes et leur âmes.

Bref, voilà un texte simple, qui a le mérite de nous rappeler à quel point les mœurs peuvent évoluer mais un texte, il faut bien le reconnaître, qui a particulièrement vieilli !

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